Ici, après quelques semaines sous silence, un retour tout en douceur, aux saveurs poétiques. Vibrations positives. Un peu à l’opposé d’une nouvelle vie, bercée en (trop ? ) grande partie par une nouvelle activité professionnelle, sur Grenoble.
Hier, le vélo comme compagnon quotidien, vers un nomadisme aventureux et sportif. Aujourd’hui, l’éducation spécialisée au quotidien, au plus près des souffrances de l’âme. Fruit d’un Monde parfois fou et cruel. Un Monde qui invite certains à l’ignominie et la bêtise. A nouveau dans le feu d’une action sociale en décrépitude, où Protection de l’Enfance rime aussi avec sacrifice d’Enfances tant nos politiques ne prennent pas la mesure des choses …
Cri d’espoir et de révolte, dans ces lignes qui me touchent plus, années après années, dépeignant à merveille l’état d’esprit dans lequel je me trouve à ce jour. Entre espoir et légèreté, fronde et résistance. Avant d’aller vers d’autres cieux ? Qui sait …
Je vous souhaite des rêves à n’en plus finir
Et l’envie furieuse d’en réaliser quelques uns.
Je vous souhaite d’aimer ce qu’il faut aimer
Et d’oublier ce qu’il faut oublier,
Je vous souhaite des passions,
Je vous souhaite des silences,
Je vous souhaite des chants d’oiseaux au réveil et des rires d’enfants,
Je vous souhaite de résister à l’enlisement, à l’indifférence
Et aux vertus négatives de notre époque,
Je vous souhaite d’être vous, beaux et généreux, dignes et révoltés,
Je vous souhaite d’être amoureux de la vie.
Merci Grand Jacques pour votre inspiration intemporelle. Merci pour ces mots évoquant la force tranquille, la simplicité et la sagesse. Merci de nous rappeler que l’Amour est là, malgré tout …
Au plaisir, avec quelques surprises multi-médiatiques, qui sait ? Bonne fin de journée. Bises, Anthony
Décembre 2011. Cet article mûrit lentement dans un coin de ma tête, depuis quelques jours. Il tarde néanmoins à prendre forme, traîne en longueur, s’emmêle à foison et hésite dans les méandres d’une pensée déboussolée. Et se perd finalement. S’oublie dans l’effervescence de Noël. Comme pour mieux reculer l’échéance d’un retour à une vie sédentaire ? Prolonger encore cette longue et belle parenthèse de liberté intense ? Prendre le temps d’un parachutage tout en douceur ? Ne pas (se) dire trop tôt que c’est fini ? Ne pas anticiper une nouvelle vie, si excitante par les défis qu’elle propose, si redoutée face à une transition emplie d’inconnus ? Par Monts Et Par Vaux prend fin et cette annonce n’est pas si simple. Mais nécessaire …
23 octobre 2010. 17 décembre 2011 … 421 jours dans ces balises du temps. 421 jours sur les routes d’Europe, chemins d’Afrique et pistes d’Asie. 421 jours guidés par le nomadisme et le vagabondage, sans domicile fixe. 421 jours illuminés par des rencontres fraternelles, bras grands ouverts et cœurs à vif. 421 jours de découvertes surprenantes, visites étonnantes et connaissances épatantes. 421 jours entre peurs et craintes, pressions et tensions, dans un Monde Arabe en profonde mutation vers la liberté et la dignité. 421 jours de sport, à vélo, à pieds, des bords de mers aux sommets enneigés à plus de 5000 m. 421 jours de montées et descentes, aussi inutiles qu’éphémères en apparences (trompeuses). 421 jours de plaisir, simple, naturel ; fou rire et extase enfantine ancrée dans le quotidien des Hommes. 421 jours d’échange et partage, si seul, si bien entouré. 421 jours. Dérisoire à l’échelle d’une vie. Immensément grand à l’échelle de ma vie …
Je quitte J.P. et les copains de Lancey, après une étape alpine rocambolesque en partance de Briançon. 135 km et le col du Lautaret au menu, achevant ainsi cette traversée hivernale des Alpes. Les crevaisons à répétition depuis Turin sont un mauvais souvenir avec 2 pneus neufs. Parti-Partout peut à nouveau aller de l’avant. Nous retrouvons alors les personnes et les lieux quittés 14 mois plus tôt. Malgré la pluie et le froid, nous longeons les berges de l’Isère, entre Lancey et Grenoble. 46 km d’impatience et d’exaltation où nous savourons ces instants. Nous retrouvons des anciens collègues, des copains, des amis. Sentiments si étranges, avec un rapport au temps inexplicable. Impression de retrouver des êtres chers quittés il y a si peu. Il y a si longtemps. Et spectateur, aussi, à de nombreux instants, observant cette parenthèse se refermer inexorablement sous mes yeux écarquillés. Troublé car troublant …
Une belle soirée en compagnie de Joumane, coéquipière en Jordanie, puis je repars vers Lyon. Le moral n’y est pas en cette grise et fraîche matinée de décembre. La mélancolie se rappelle à moi et devient trop forte. Les séparations restent toujours aussi douloureuses. S’ajoute un fort vent de face qui met au pli les illusions d’une journée de transition sereine … Jusqu’au moment où je pose le cerveau au fond d’une sacoche. Coup d’œil introspectif nonchalant du côté de ressources explorées à mainte reprises, pour un ultime effort physique et mental. Poursuivre vers Lyon, au terme d’une étape assez longue, avec 114 km au compteur. Les retrouvailles avec les frangins et amis sont exceptionnelles. Moments magiques, où embrassades et éclats de joie pleuvent à tout rompre. Je fais (enfin) la connaissance d’Alexis, petit bonhomme fraîchement arrivé sur notre belle planète bleue, dernier petit Bray en date, qui m’honore d’une place de parrain
2 journées à Lyon, prenant du bon temps et profitant d’ instants irréels et insoupçonnés il y a peu. Le film du périple passe et repasse. Les belles images piégées à jamais en mémoire défilent lors de cette ultime étape. Ultimes coups de pédales, entre Lamure-sur-Azergues, rejoint en bus à partir de Lyon, et Chandon. Ultime transfert motorisé pour écourter les efforts et profiter ainsi de retrouvailles programmées comme une apothéose. Je me sais attendu en haut d’un col escaladé 14 mois auparavant. Ce sera le dernier de ce périple cyclo-montagnard. Au col des Echarmeaux, des retrouvailles neigeuses et ventées : mes parents, grands-parents, amis, copains, cousins, cyclistes sont là. Les superlatifs manquent. L’émotion est grande en serrant à nouveau les proches au creux des bras. Étreintes et contacts physiques, quasi charnels, reléguant l’absence et le manque au rand des (déjà ? ) vieux souvenirs moins agréables.
Soulagement et fierté. Bonheur et délivrance. Honneur et apaisement. Les sentiments sont à l’image des flocons ces jours là : nombreux, tourmentés, désordonnés et vivifiants. Nous finissons l’étape par une douce et longue descente menant à Chauffailles, où une surprise nous attend. Un accueil amical organisé par les amis de mes parents. Banderoles et sourires, agrémentés de boissons chaudes, parfaites pour réchauffer la troupe de cyclo que nous formons avec Monique, Danielle, Paul et Pierre, les coéquipiers d’Arménie, vous vous souvenez ? 51 km d’impatience et de libération en retrouvant la famille et les amis qui m’ont tant manqué. Chandon, village de mon enfance, m’ouvre sagement les bras. La suite des réjouissances est un feu d’artifice familial et amical où rencontres s’enchainent aux retrouvailles au cours d’une soirée se prolongeant jusqu’au bout de la nuit
Halluciné par ce nouvel environnement, si différent. Nouvelle réalité qui jaillit sous les yeux, entre délectation égoïste et doutes grandissants. Intimidé de voir autant de personnes m’accueillir. Embarrassé par cette soudaine lumière qui m’aveugle bien vite. Étourdi par les scènes défilant sous mes yeux. J’intègre rapidement le constat suivant, qui se confirme les jours après. Il existe sans doute un décalage creusé après 14 mois de solitude, loin de repères archi connus mais si vite oubliés. Il existe un fossé à enjamber pour retrouver une vie sédentaire, petit à petit … Ou poursuivre la découverte de portes ouvertes à jamais ? Sillonner d’autres chemins ? Explorer de nouvelles pistes ? Inventer d’autres aventures ? Continuer d’aller vers les Hommes, en tous les cas …
Il est désormais temps pour moi de boucler la boucle. Tirer une belle et sincère révérence. Applaudir les gens qui m’ont ouvert leur portes et leur cœurs. Remercier les personnes rencontrées ici et là. Leur sagesse et beauté. Leur disponibilité et enthousiasme. Leur courage et passion.
Merci pour les soutiens continus et grandissants. Pour les encouragements qui réchauffent le cœur et les jambes. Pour les commentaires et messages d’affection qui permettent d’entrevoir l’avenir avec sérénité. Pour les témoignages amicaux et fraternels, qui font de ce Monde une terre d’espoir.
Le Monde est beau. Par Monts Et Par Vaux. Au plaisir … Anthony
Tradition oblige, je fais parvenir quelques photos de la traversée Est / Ouest de l’Italie. Une belle traversée, surtout au niveau humain, avec des rencontres très agréables dans ce pays où le sport est religion. L’accueil est à l’image de la gastronomie et de l’Histoire en Italie : savoureux et riche
A bientôt pour quelques lignes et photos du retour à la maison. Retrouvailles entre Grenoble, Lyon et Chandon. Douce France …
Fin de parcours en Italie. Dernière frontière en vue. Douce France désormais toute proche. Mais si loin à la fois, dans l’esprit vagabond qui est le mien depuis des mois. Sentiments très étranges, où j’ai du mal à réaliser, subjugué, un peu halluciné d’être à nouveau dans des contrées connues. Retour après un long et lointain périple. Entre excitation des retrouvailles et des envies furieuses de boucler les boucles ouvertes en octobre 2010, à Grenoble, Lyon et Chandon. Entre sérénité et apaisement et des envies profondes de témoignages futurs. Entre fierté du parcours accompli à vélo et en montagne et des envies sportives d’Alpes et de retour à vélo … Une immense joie m’envahie à l’idée de retrouver la maison, serrer les proches dans mes bras et laisser le cœur se submerger d’amour.
Et des sentiments forcément partagés, puisque cette aventure s’achève et m’habite comme jamais. Ambivalences du moment. Désirs de suspendre à jamais ce temps nomade, sportif et humain. Désirs de prolonger ces instants de découvertes et de rencontres magiques. Désirs de savourer, encore et encore, ce mode de vie imprévisible et riche, en perpétuel mouvement. Désirs d’embrasser la liberté à s’en user lèvres et joues jusqu’à l’émoi. Être là, ici et maintenant. Si loin, si près. Absent depuis si longtemps, comme si c’était hier … Ça sent bon l’air de la maison qui se rapproche de jour en jour. Le moral est au beau fixe, même si l’estomac est noué. L’émotion grandit à mesure …
Je salue Turin et ses habitants, arcades, rues piétonnes et marché de Noël. La sortie de la ville est pénible, avec un trafic intense sur des voies rapides. Je rejoins Susa, voyant grossir à mesure la masse impressionnante des Alpes devant moi. Je suis aux pieds du massif, après 68 km et quelques 460 m de dénivelé, au gré des bosses ci et là. La dernière frontière n’est plus très loin et le choix de l’itinéraire est désormais fixé. C’est par les cols de Montgenèvre et du Lautaret que le passage des Alpes s’effectue. Le col du Mont Cenis est en effet fermé pour cause de neige.
Susa est située à quelques encablures de la frontière, tout en bas dans la vallée. Le temps est glacial avec les gelées vives du matin. La montée est longue et difficile. Plutôt raide au départ, des longs moments de faux plats et même quelques descentes, et à nouveau assez pentu sur la fin, avec 6 derniers km d’efforts constants dans les tunnels et paravalanches successifs. La patience est de mise dans ces moments soutenus. 1560 m de dénivelé pour franchir ce col de Montgenèvre et arriver à la fameuse pancarte « France ». Je reste bouche-bée et écarquille les yeux pour réaliser. Rien n’y fait, je ne crois pas que je suis revenu en France. Pourtant …
J’arrive à Briançon, après une courte et belle descente en lacets. 61 km aujourd’hui et une étape importante et symbolique. Douce France, bonjour ! Briançon est un passage admirable et laisse entrevoir la richesse du patrimoine en France. La forteresse et la vieille ville, perchées sur un piton rocheux, sont superbes. L’ambiance post-hivernale est détendue et le calme règne dans la Cité.
Lendemain, je poursuis cette traversée des Alpes et pars de Briançon pour le col du Lautaret. Beaucoup moins long et difficile que la veille, compte tenu de l’altitude de départ, je monte tranquillement et régulièrement cette longue vallée et les derniers lacets assez bien. Le col est la neige sont magiques, avec des vues à couper le souffle sur les sommets alentour, tout proche. La Meije m’accueille comme par enchantement, belle et impressionnante, sous un soleil radieux. Ambiance sportive et fraternelle, avec les nombreux montagnards venus pratiquer ski de randonnée, raquette ou kite-surf. Je ressens encore davantage aujourd’hui mon « hors sujet ». En effet, je rigole en observant têtes surprises et regards interrogatifs de personnes ski ou raquettes en main. C’est amusant comme impression. La descente est un pur moment d’extase. Bien couvert pour affronter le froid et le vent créé par la vitesse, j’arrive vite à La Grave. Les ennuis mécaniques recommencent, comme à Turin, et je crève peu après Bourg d’Oisans. Pfff, l’état du pneu arrière est vraiment inquiétant …
Ceci n’empêche pas de poursuivre et de retrouver J.P., Alexis et Sioux venus à ma rencontre dans la vallée de la Romanche. Merci les amis Quel bonheur ! Quelle surprise ! Waouh, que c’est bon ! Nous réparons une 2ème crevaison et reprenons la route vers Grenoble virevoltant dans les phares des voitures nombreuses qui rentrent des stations alentour. Cette fin d’après-midi laisse entrevoir une tombée d’une nuit soudaine, froide et humide à souhait. La fin est longue jusqu’à Lancey … où nous finissons à pieds les 3 derniers km dans des éclats de rire. 3ème crevaison, c’est l’acharnement ! Héhé, les cyclos arrivent en marchant, un comble non ? 135 km, 1070 de dénivelé d’une journée qui signe la fin de la traversée des Alpes …
Merci à toutes et tous pour les nombreux encouragements et messages de soutien dans cette dernière ligne droite. Les boucles se bouclent entre Lancey, Grenoble, Fontaine, Lyon, La Mulatière … Avant l’arrivée imminente à Chandon. 421 jours sur la route…
Depuis Este où nous nous quittons la fois dernière, je me sépare, non sans mal à vrai dire, d’un univers somme toute très agréable, surtout à l’approche de cet hiver. Univers maritime qui change de l’environnement cyclo-montagnard habituel. Les paysages parfois (vraiment trop) bétonnés, certes, mais souvent escarpés et rocheux, doux et sablonneux, vastes et étroits à souhait, où plages et criques paradisiaques surgissent au détour d’un virage et invitent à (re)devenir les enfants que nous sommes. Lumières changeantes au fil des heures, créant des reflets en mouvement, au bon vouloir de Mr Soleil, aidé par ses amis Nuages. S’émerveiller de peu. Profiter de rien. Profiter de tout. N’est-ce pas l’essence même de notre court passage ici ? Visions qui suggèrent aussi un voyage intérieur, où les étendues d’eau sans fin semblent irréelles. Qu’y a-t-il derrière ? Quoi après cet horizon si lointain ?
Depuis Dubrovnik, en Croatie, jusqu’à Chioggia, en Italie, j’arpente cet univers marin dont je ne suis pas particulièrement fan par nature. Le changement est au final bienvenu, après toutes ces péripéties montagnardes. La mer et ses côtes sont cependant dans le rétroviseur. Ça y est ! La page se tourne vers d’autres terres intérieures. Celles de l’Italie du Nord Comment sont-elles ? Comment se passent les rencontres dans ces nouvelles contrées Italiennes ? Quelles surprises proposent les routes au passage ?
A Este, je frotte les neuneuilles à plusieurs reprises avant de partir. Parti-Partout est hésitant lui aussi. Lui si baroudeur et endurant lâche « Ho !? T’es sûr de ton coup mon pote ? Elle est où la route ???!!! » . « Alors, déjà, j’suis pas ton pote, mais ton pilote ! Et ensuite … Bheinnn … Heuuu … Humm humm … ». Il ricane de bon matin le bougre, se moquant gentiment des neuneuilles ahuris par la vision. Pfff ! Ingrat va Il y a un brouillard épais ce matin là. Finalement, les neuneuilles sont bien gentils, suffisamment connectés au cerveau, lui-même bien relié à mesdames jambes et messieurs bras. Ce manteau opaque et humide se lève un peu au fil des heures. Le soir, à Mantova, après 82 km, je rivalise volontiers avec une serpillère trempée et puante. J’adore ! Même le casque pue ce savant mélange d’humidité et de transpiration ! Zou, lessive générale, vite faite (bien faite ? ). Au pas de course, en effet, vu la beauté des lieux. Mantova est un joyau d’architecture, riche d’un patrimoine exceptionnel, avec château, palais, églises et autres abbayes. Waouh, j’aime lorsque la route mène vers des surprises insoupçonnées comme celle-ci
Lendemain, c’est reparti, toujours plus vers l’Ouest. Comme depuis l’arrivée en Italie, l’ambiance est encore très décontractée sur la route, avec beaucoup de rires et de bonne humeur. Mes 4 mots d’Italien conclus d’un « Scuzi, no parla Italiano ! » amusent bien les troupes. Les gens rencontrés sont très souriants, curieux, aidants. Les questions fusent dans la rue. Les commerçants offrent pizza ou café. La passion des Italiens pour le sport en général est réelle, football en tête, cyclisme pas très loin derrière (et bien d’autres). Je ressens la ferveur sportive au quotidien, toutes générations confondues. Ceci est bien agréable. J’arrive le soir à Piacenza, après 109 km et un passage par Crémona, belle surprise là encore, où le voyage dans l’Histoire est encore de la partie
J’enchaîne les journées pour être dans les temps à la maison. Très bizarre d’ailleurs cet un emploi du temps et un compte-à-rebours depuis quelques semaines ! Vivement la reprise du boulot ! (houlala, je divague ou quoi ?! ) Régler comme un métronome, je roule 109 km, comme la veille, entre Piacenza et Alessandria. Encore une étape de plat et des paysages pas très rigolos. Pas grand-chose à admirer sur la route dans cette immense plaine où petites villes et villages forment les rares distractions de la journée. Lignes droites plates qui offrent des vues sur des champs de cultures très monotones à force. Champs immenses à écœurer un écolo’, où le bruit et l’odeur sont légion (décidément, Jacquo’ le Voyou m’inspire ces temps-ci, vous vous souvenez ?! ). Sans être spécialiste, je serai curieux de savoir le mélange déversé dans ces champs à l’aide de ces engins énormes. Sirop de fraise ? Thé à la menthe ? Jus de citron ?
Pour finir (presque) avec cette traversée, j’arrive à Turin. L’ogre en face me tend fièrement les bras. Blanc comme les premières neiges de cet hiver 2011/2012. Relief plus vallonné avec 590 m de dénivelé le long des 92 km, quelques côtes pimentent le parcours jusqu’à cette vision magique sur les Alpes. Franchement, ça met une impression de fourmi quant à l’étendue du massif, qui n’offre qu’une partie infime de son étendue en plus. Plaqué de neige, le regard sur les cimes est dubitatif. « Ça passe où ? Là ou là ? » Plus je m’approche, plus les neuneuilles ont du mal à cerner le mur en face. Nous verrons bien …
Je suis vite rattrapé par des broutilles mécaniques. Mes talents en la matière (proches de 0) s’expriment pour réparer 2 crevaisons consécutives, dont une en pleine descente vers Turin. Un peu scabreux sur le coup ! Le pneu arrière est bien usé et montre des signes de faiblesse un peu partout. McGyver, où es-tu ? Bons et loyaux services depuis plus d’1 an, à presque 16000 bornes, je crois qu’ils ont fait leur temps. Heureusement que je suis plus à l’aise dans les rapports humains : j’arrête des voitures et dégotte enfin une pince pour desserrer le teuteu de la valve (j’apprends un nouveau d’ailleurs … Non, pas teuteu ! Pinça ). Forzza Italia !
Comme dirait le célèbre philosophe dont j’ai oublié le nom » c’est au pied du mur … qu’on voit mieux le mur » . En effet ! Bonne journée à vous. Pensées montagnardes. Bises, Anthony
Houlala ! Un peu de retard dans les mises à jour non ? Comment cela ? 2 facteurs principaux. Tout d’abord, la célèbre fracture numérique, comme la nommais Jacquo’ le Voyou à l’époque, existe dans des pays insoupçonnés … comme l’Italie ! J’ai du mal à le croire. Ou alors je ne vais pas dans les bons endroits (mais croyez en mon addiction au Web, elle fouine pourtant partout la coquine ! ). ?! Il est très quasi impossible de se connecter en Italie par W.I.F.I. dans des lieux publics (donc gratuits). Et les cyber‘, assez chers je trouve (2 euros l’heure ) refusent l’utilisation de son propre P.C. et demande un dossier d’inscription assez fourni ?! Aussi, l’endroit facile et gratuit reste le célèbre fast-food de Ronald, lorsque la prise électrique daigne rentrer à l’endroit prévu à cet effet (rarement quoi ! ). Les prises sont rarement compatibles en Italie, c’est bon à savoir non ? Bref, je roule pendant ce temps …
Comme évoqué dernièrement, je pars de Rijeka, en Croatie, le matin ; passe l’après-midi en Slovénie ; puis file vers l’Italie, vers Trieste et Sistiana, où j’arrive à une heure bien tardive ! 102 km d’une folle journée, avec 1130 m de montée, 2 frontières et des images plein la tête, comme un cadeau de bienvenue aux saveurs de tiramisu … Alors, comment se passe l’accueil en Italie ? Que laisse présager cette dernière ligne droite chez les copains transalpins ? Qu’est-ce qui marque ce début de traversée en Italie ?
Tout d’abord, je remets le couvert, dès les pieds en Italie, le nez dehors, pour un bivouac à la belle, après la visite des superbes Trieste et château de Miramare. C’est la fin du parcours programmé dans quelques jours, et, mentalement, il devient dur de bivouaquer. Dure l’idée d’affronter des conditions parfois peu reluisantes. Dur d’imaginer imiter Adam, se lavant à l’eau froide, dehors, en pleine nuit, par des températures parfois très basses (et sans Eve en plus ! ). Dur de prendre du plaisir côté cuisine, au réchaud, qui devient plus une corvée qu’autre chose. Bref, je m’accorde une fin de parcours plus confortable. Moins oléolé que beaucoup de bivouacs (souvent à la belle d’ailleurs), avec un état d’esprit plus fougueux et, surtout, des paramètres objectifs propices au plaisir.
Je privilégie ces derniers temps les hébergements (Auberges de Jeunesse ou chambres chez l’habitant pour l’essentiel), où les soirées sont plus agréables que dehors, surtout lorsque la douce et glaciale nuit tombe son voile noir, sans bruit, rapidement et très tôt, comme en cette fin d’automne … Revenons vers Trieste, à Miramare, arrivé au terme de cette visite du château (enfin, de parc, le château étant fermé depuis un moment), il est 18h00 environ. On m’indique alors l’adresse toute proche de l’Auberge de jeunesse de Trieste. Cool ! … Humm, pas cool Tout est bouclé. Pfff, je bivouaque au château ? Pas moyen, ça va fermer et c’est interdit ! … Bon, et bien, j’improvise et … reprends la route, pas trop le choix. Un bon moment pour faire les 20 bornes environ séparant de Sistiana, et se présente un café / pâtisserie qui parait bien accueillant. Je suis crevé aussi : la lumière me réchauffe le cœur et les neurones, bien ramollis au fin fond de la cervelle.
Moult conseils et indications des gens ici. Bon, pas grand monde en fait : un couple et les 2 employées. Et des gens de passage, dont la brigade de police pour prendre … l’apéro’ ! Sont tous les même partout non ?! La tchatche des unes, la verve de l’autre, les questions et réponses qui fusent. Une négociation entre elles (lui reste muet ne parlant pas trop Anglais) qui aboutit à l’idée de plusieurs endroits pour dormir. Et finalement, j’improvise un bivouac, vers 21h30 …sur la terrasse de la pâtisserie. 0 degré le lendemain au thermomètre, en bord de mer, je m’en souviens très bien ! Pfff, chochotte va …
Les bonnes vibrations ressenties ce soir sont exceptionnelles en tous les cas. Sourires. Entraide. Informations. Bienveillance. Questions sur le pourquoi du comment ici, à vélo … La culture latine commune aide à se comprendre instinctivement je crois, avec des codes sociaux communs, un mode de pensée similaire il me semble, une manière d’être au Monde avec des références quelque peu identiques … Certes « Et pas un qui t’a invité » me direz-vous ? Bhein non, c’est vrai …
Après une étape de transition assez banale, pour ne pas dire décevante, dans la cohue du trafic et l’ennui de lignes droites platanifiées (si si ! ), entre Sistiana et Lido di Jésolo, je découvre au fil de ces 102 km une platitude idéale à une agriculture hyper intensive et mécanisée, aux monstres d’acier aussi impressionnant s que flippants. Se profile ensuite une visite que j’attends avec impatience : Venise. Tout un mythe pour moi, qui opère dès l’arrivée sur place, après 24 km de vélo et quelques encablures par bateau. Je fais en effet le choix d’arriver par la mer. Par la lagune, où la brume du jour donne une atmosphère très étrange aux lieux, où l’imagination va bon train …
Malgré la météo capricieuse, la pluie et le froid, Venise est un endroit indescriptible. Le mythe est en marche, arrivant à quelques pas de Plazza San Marco, regorgeant de monuments impressionnant, comme le Palazzo Ducale. Passant devant le Pont des Soupirs, je me perds dans un méandre de ponts et canaux, ruelles et placettes, pendant que Parti-Partout se fait lourdement porter, ponts après ponts, après ponts, après ponts … après ponts Ce n’est pas la ville idéale à vélo (qui est d’ailleurs interdit ! ). Obligation de marcher à côté. Je trouve alors l’Auberge de Jeunesse de la ville et m’offre 2 nuits au dortoir. Waouh, je n’en reviens pas d’être la, ici et maintenant : Venise ! Ville incroyable, où l’eau se mêle à la vie comme par magie, devenant un élément majeur du quotidien, où vaporetto et petits bateau à moteur font office de voitures ou de bus. C’est d’une beauté rare, véritable musée à ciel ouvert qui défile sous les yeux, en permanence, au gré de déambulations labyrinthiques …
Je repars comme j’arrive, par bateau, traversant une lagune mystérieuse, parée d’une brume automnale fantomatique. Ambiance marine, pour coller aux lieux, tournés vers la mer depuis sa création. Se transformer en moussaillon. Explorer. Partir au large. Larguer les amarres pour un ailleurs. Et s’imprégner d’une ambiance unique, dans le froid et le vent de cette lagune légendaire, propice aux émotions les plus belles. Retour sur terre ! D’îles en îles, je roule ou charge Parti-Partout sur des bateaux, jusqu’à Chioggia. Une dernière remontée, le long de la côte, pour humer les embruns venant de la lagune, endormie et embrumée, une dernière fois. C’est cap plein Ouest désormais, où la journée commence à Venise et s’achève à Este, après 81 km.
Un grand merci pour l’accueil chaleureux dans cette belle et enivrante Italie. Grazie à ses habitants. Des rencontres très souvent sympathiques et enjouées. Regards malicieux, paroles agréables, curiosité jamais lourde … L’idée est aujourd’hui de suivre une ligne droite imaginaire, dans le Nord de l’Italie, jusqu’à Turin. L’idée est aussi d’éviter les très grosses agglomérations, certes intéressantes en termes de visites, où l’entrée et la sortie sont pénibles. Question de jours comptés aussi, que je préfère consacrer à rouler, question de point d’honneur final. Bientôt les petits braquets et l’ultime escapade en montagne. A bientôt les Alpes …
Voici quelques rares photos prises en Slovénie. Peu nombreuses, en effet, puisque la traversée du pays se déroule en quelques heures, le temps d’un pique-nique, juste après la douane … avec des Euros à nouveau dans la poche (whouah, ça fait bizarre ! ). Un passage sur des hauts plateaux vallonnés, agricoles et très boisés, avant une plongée folle en Italie, vers Trieste … De mer à mer ce jour là, avec une route qui s’élève entre temps vers 1000 m d’altitude !
Le passage en Slovénie revêt néanmoins un symbole important dans cette aventure au long cours, loin de la maison, qui ouvre plus maintenant grand ses bras, jours après jours. Suite aux retrouvailles de l’Europe géographique il y a quelques semaines, c’est en Slovénie que nous retrouvons une Europe plus politique. L’Union Européenne est là. La belle et grande Europe des 27 sous nos yeux, après un bref passage de frontière. Je ne sais même pas si je suis ironique ou si je dois l’être vu le désordre dans la maison Europe en ce moment … L’avenir nous le dira non ? L’air des Révolutions est dans les sacoches en tous les cas, si besoin …
Italie, nous voici ! Au plaisir de vos nouvelles et à bientôt vers Venise ?
Voici les photos qui retracent cette traversée automnale en Croatie. 11 jours, quelques 700 km de routes, 8 étapes, en très grande majorité le long de la côte déchiquetée de la Mer Adriatique. Passage à la fois bref et suffisant pour se faire une idée ( ? ) du pays … qui ne peut cependant refléter qu’une infime partie de cette Croatie, pays récent aux charmes certains. Vous commencez à me connaitre, » bon public » m’émerveillant de peu, souvent, de choses paraissant si futiles et anodines, je ne peux rester à la fois dans le « tout le monde il lest beau, tout le monde il est gentil ».
Ces impressions d’un aspect humain dénaturé, décrit par ailleurs, dans les articles précédents, laissent un goût d’inachevé et quelque peu amer. Choc d’un changement radical et retour à une réalité toute différente ? Rapports humains travestis et fardés d’éléments superficiels où l’argent est roi. Des rencontres et des discussions, avec le profit comme base plus ou moins directe à la relation, c’est moche ! Je rabâche ? Non, tu bégayes : conséquences dévastatrices, encore une fois, d’un tourisme peu responsable des lendemains des uns et des autres. Forme de tourisme surtout nuisible à un environnement naturel fragile, de toute beauté, avec une tendance massive d’une exploitation à court terme. Heureusement que l’U.NE.S.C.O. veille par endroits. Heureusement que certaines bonnes volontés gouvernementales créent aussi des zones aux règles strictes, dans des Parcs Nationaux où la nature vit à son rythme.
Je vous laisse découvrir ces photos … et vous dis à bientôt pour un passage éclair en Slovénie
Comment dire ? Comment rester poli et diplomate ? Comment ne pas aiguiser les susceptibilités des uns ou des autres ? Comment éviter de tomber dans des clichés et généralités réductrices ? Simplement en rappelant que ces lignes ne restent que le reflet d’un très (trop ? ) court passage dans un pays. Visites brèves, rencontres furtives, moments fugaces. Tranches de vie subjectives et expériences personnelles qui donnent lieu à des exemples et, par définition, de contre-exemples … et tant mieux ! Ainsi va la vie !
Suivez mon regard. Relisons les lignes du dernier article. Celui où je mets l’accent sur le côté humain de l’aventure, jusque là très peu en vue (absent ? ) en terre Croate. Mes craintes et mes 1ers ressentis se confirment. Très franchement, je suis déçu par l’accueil en Croatie. Déçu par la très grande majorité des rencontres. Du désintérêt à l’ignorance la plus totale (mouais, passe encore …) ; à la crainte et la peur (justifiées, c’est certain, il a un air « pas d’chez nous » lui, là, avec son vélo …) ; à l’arnaque ou la tentative de plumage (bhein, les pigeons des plages n’étant pas là, pourquoi ne pas plumer le pigeon des routes ? …). Bref, je ne vais pas m’étendre. Rare (aucun ? ) sont les pays traversés qui me donnent cette impression. Effet de fuite.
J’essaye de comprendre. Mouvement introspectif. Comment cela est-il possible ? Suis-je responsable de cet état de fait ? Suis-je la source de cette sensation bizarre ? La cause du mauvais ressenti ? Dur à dire. Difficile à expliquer. Ce qui est certain, ce ne sont pas des douleurs corporelles ou galères physiques qui provoquent ceci. Tout va bien. Je suis en pleine forme et enchaine les étapes sans broncher. Le corps répond très bien aux sollicitations, malgré les gros dénivelés, parfois, et le vent défavorable, souvent.
Dans la tête ? J’ai l’impression de vivre l’aventure dans sa continuité, avec la journée comme repère temporelle stable. Lever de soleil. Coucher de soleil. Loi immuable de Dame Nature dans les activités de plein air. Il est certain, cependant, que l’échéance du retour se rapproche. Les jours sont plus que jamais comptés, mine de rien. La ligne d’arrivée est toute proche maintenant. Depuis ce mouvement mental et physique inverse, avec un retour vers l’Ouest, décidé à Téhéran, loin de ma famille, amis, proches, dans un espace / temps devenu trop difficile à vivre, seul. Cette décision prise en Iran crée un paramètre temporel nouveau. Temps qui s’égraine depuis, au fil des mois, semaines, jours, heures … Le sablier est en marche. J’accepte. Je vis un nomadisme qui touche à sa fin, maintenant un semblant d’illusion que ceci est éternel. Rattrapé aussi par ce principe de réalité qui ramène à la raison. Dans ce couperet qui apparait aussi soudain que brutal, où cette vie nomade va prendre fin, impitoyablement, un jour de décembre 2011.
En effet, une vie différente, que je connais très (trop ? ) me tend les bras. Planifiée. Organisée. Ses obligations, ses contraintes. Ses avantages, ses bienfaits. Je fais des plans depuis quelques jours, signifiant bien à moi-même ce retour, vers un rapport au temps plus normé. « Bon alors, tant de bornes, à peu près ; envie de voir ci, découvrir ça ; les Alpes à franchir en bouquet final sur la route ; un arrêt sur Grenoble, un passage à Lyon … et le feu d’artifice des retrouvailles, à Chandon, mi-décembre. Héhé ».
Ce qui l’emporte, finalement, dans ces états d’âme quelque peu bourgeois, si je compare ma situation à tant d’autres (faut quand même relativiser non ?! ), c’est le bonheur et la joie. Bonheur d’avoir accompli ce périple seul et à vélo. Longtemps et loin. Périple montagneux, fascinant, inattendu et plein de surprises diverses et variées, au cœur d’une Histoire sous mes yeux. Bonheur de rencontres magistrales, aussi éphémères que prolongées. Bonheur de ces milliers de km, si bien entouré aussi. Entourage physique, grâce aux équipes montées depuis le Maroc, en Algérie ou Tunisie, Jordanie, Arménie et Géorgie. Entourage virtuel, grâce à ce formidable outil d’expression, de liberté et de partage que représente Internet. Joie à l’idée de rentrer à la maison, après avoir fait un voyage qui m’aura fait tout autant … voir davantage. Joie à l’idée de rencontrer les personnes croisées sur la Toile. Joie à l’idée de serrer dans mes bras mes frères et parents, famille et amis. Joie à l’idée de construire de nouvelle aventures, projeter de nouvelles explorations avec Parti-Partout comme fidèle compagne (oui, c’est une fille aujourd’hui ! ). Avant cela, joie à l’idée de retrouver le métier d’éducateur spécialisé qui est cher à mon équilibre …
Avant de se saluer, voici un court résumé des dernières étapes, le long de la côte de Dalmatie. L’autre jour, nous nous quittons à Šibenik, d’où je pars, samedi, vers Zadar, que j’atteins au bout de 81 km. L’étape est relativement tranquille, si ce n’est un départ compliqué où je mets un bon moment et quelques tours et retours avant de trouver la bonne direction Zadar est encore une magnifique ville fortifiée, témoin de l’Histoire des lieux, au fil des siècles et des civilisations. Puis je roule dimanche vers Karlebag, avec 97 km au compteur et 780 m de montée. C’est une superbe journée sous le soleil, dans un Parc National, propice à la découverte de lieux sauvegardés et vierges de toute habitation. La côte est très sauvage et déserte, avec des criques assez merveilleuses, escarpées à souhait.
Lundi, je file de Karlebag vers Senj, toujours dans ce beau parc national, en bord de mer Adriatique. La route est excellente, le trafic très modéré voir inexistant (il existe une autoroute en parallèle, à quelques km à vol d’oiseau, à l’intérieur des terres). 68 km et 800 de côte pour aujourd’hui, j’arrive encore juste à la nuit dans cette chouette petite ville de pêcheurs. Et enfin, de Senj, mardi, je poursuis jusqu’à Rijeka, avec 72 km et 770 m d’ascension. L’étape est encore ventée, avec un vent du Nord qui souffle depuis quelques jours en pleine face, par rafales successives. Ce qui n’empêche de trouver encore de splendides points de vue sur les îles et ces étendues maritimes qui laissent la rêverie s’emparer de l’esprit …
Au plaisir de vous lire. En route pour la joie, vers la Slovénie et l’Italie toutes proches A la prochaine. Bises, Anthony
Depuis l’arrivée en Croatie et un dernier article plus montagneux, en provenance de Bosnie-Herzégovine, je découvre une toute nouvelle atmosphère. Un bien agréable changement avec le nouvel univers maritime bienvenu, après des semaines à guetter des sommets, dans un froid aussi soudain que glacial. Nouvel univers, donc, avec la Mer Adriatique en toile de fond et sa côte déchiquetée, ses îles et nouveaux habitants aux us et coutumes différentes, ses embruns et sa douceur climatique. Je remonte en effet doucement vers le Nord / Ouest et roule pour cela en longeant la côte. Mes premières impressions dans ce nouveau pays, la Croatie … Comment est l’ambiance par ici ? Les routes et les paysages ? L’accueil ? … Avec un aperçu vidéo en fin d’article
Tout d’abord, revenons à Dubrovnik, porte par laquelle j’entre en Croatie, la semaine dernière, au terme d’une étape de 117 km et 910 m de dénivelé (je précise les dénivelés, depuis quelques temps, lorsque ceux-ci paraissent significatifs, afin de donner une idée du profil de l’étape aux personnes intéressées). Il fait nuit, je suis rafraichi par une longue et rapide descente finale qui me jette sur le front de mer. Transis par un froid sournois du aux efforts et la fatigue du soir. La ville aux remparts, classée par l’U.N.E.S.C.O. au Patrimoine Mondial de l’Humanité, m’ouvre gentiment ses portes, très imposantes, et me réchauffe le cœur et l’esprit dans son écrin de lumière tamisée. Sacrée découverte là encore ! Dubrovnik : waouh ! Les Hommes construisent des Cités incroyables de beauté, dégageant une impression de puissance, mêlée au raffinement et sens du détail remarquable. Je suis sous le charme immédiatement et décide ainsi de dédier le lendemain à la visite de la ville. Dimanche doux et ensoleillé, calme et relaxant, pour arpenter à pieds et à vélo ce site exceptionnel.
2 nuits à Dubrovnik : je découvre à cette occasion un mode d’hébergement original : chez l’habitant … payant. Vous me direz « rien de bien original, tu vas dans des maisons d’hôtes Anthony ! ». Sauf que là, l’impression est un peu différente … C’est moins clair. Moins direct, avec des éléments précis. Plus charmeur. Plus sournois. Au final, je découvre une Croatie où business is business, bien souvent. Très clairement, les Croates rencontrés ont, pour beaucoup, un sens aigus des affaires, qui tranchent avec l’hospitalité désintéressée et fraternelle rencontrée auparavant. J’observe rapidement un pays tourné pleinement vers le tourisme de masse, principale ressource économique depuis la fin de la guerre dans les années 90. Les dérives sautent déjà aux yeux en si peu de temps Mentalités assez particulières pour certains. Paysages ravagés par des stations balnéaires champignon, qui grignotent partout, désertes et d’une tristesse sans nom en ce moment.
Novembre ? Hors saison ? Ambiance plus relax ? Mouais … Expliquer aux gardiens du Temple, omniprésents, que le Temple peut (doit ? ) être ouvert à chacun, sans contrepartie financière ! Le gardien vous rit au nez. Refuse le dialogue. Ferme l’accès. Et se met parfois en colère face aux arguments qui me paraissent légitimes (le Patrimoine de l’Humanité appartient à l’Humanité non ? L’entretien des monuments ? Il me semble que les Nations Unies, via l’U.N.E.S.C.O., dispose de budgets considérables pour cela non ? ). J’ai l’impression de toujours avoir le bifton à la main ! Ça devient lourd ! Rien n’est gratuit en Croatie ! Rentrer dans une cathédrale, tu raques ! Effectuer le tour des remparts, pareil ! Faire un pipi, idem ! Certes, ce ne sont pas les sommes engagées qui ruinent (quoique, mises bout à bout …), mais ce principe mercantile malsain qui induit une relation biaisée, où l’impression de redevenir un vrai consommateur est blasant, avec toute la méfiance qui surgit en conséquence.
Je suis déçu par l’aspect humain dans la très grande majorité des rencontres jusqu’ici. Je découvre un système où tout est fait pour plumer le pigeon de passage ! Comme l’obligation de passer par une agence de tourisme privée pour accéder à une Auberge de Jeunesse ou une chambre chez l’habitant ! « Non mais ho, ça va pas la tête ! ». Séduction. Explication. Négociation. Passage en caisse ! Ceci s’enchaine. Ce n’est pas isolé. Le ponpon revient à cette coloc’ d’étudiants, à Split, qui me voyant en galère, frigorifié, mouillé comme un chien, jusqu’à la moelle, à la nuit tombante, m’invitent chez eux … Je me dis « tiens, des gens cools ». Que je suis naïf et bêta ! Passage à la caisse mon pote ! Pfff, merci les gars !
Du coup, je passe du temps sur le vélo, loin de ces séducteurs qui forment ces nouvelles hordes, tout aussi sauvages que celles décrites dans nos livres d’Histoires, magiciens aux baguettes capitalistes sans vergogne, dans ces coins mercantiles exacerbés. Je profite vaille que vaille des visites et journées de plein air, des paysages et joyaux laissés par l’Histoire tout au long de cette côte Adriatique. Héritages Grecs, Romains ou Vénitiens, comme à Dubrovnik, Split, Trogir ou Šibenik, Cités toutes inscrites au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’U.N.E.S.C.O. Mais est-ce l’attrait principal du voyage ? Les visites sont-elles l’ingrédient unique dans une contrée inconnue ? Est-ce l’ingrédient suffisant pour combler le voyageur ?
Je roule 92 km depuis Dubrovnik, lundi, et parviens le soir à Opuzen. Le journée est marquée par 2 choses. Tout d’abord, la brève incursion en Bosnie-Herzégovine avec un nouveau passage frontière en bonne et due forme. En effet, une langue de terre d’une dizaine de km permet au pays un accès direct à la mer, via une station balnéaire aux charmes identiques aux autres, Neum Ensuite, la surprise est le dénivelé, assez élevé au final, avec 900 m de montée sur ces routes toboggans. Ça n’arrête jamais, avec des bosses successives, plus ou moins longues, plus ou moins pentues, mais bien réelles ! Lendemain mardi, rebelote avec 800 m de grimpette et 80 km, entre Opuzen et Makarska. La journée est cette fois-ci marquée par des îles, plus ou moins proches, plus ou moins longues, défilant les unes après les autres, dans les reflets chatoyants d’un soleil d’automne en bord de mer.
Mercredi, sous un déluge matinal qui ne cesse pas, j’abandonne le cerveau dès le matin et enfourche Parti-Partout pour une journée sous les trombes ! Parfois, pourquoi réfléchir ? J Les quelques heures nécessaires pour effectuer 65 km et 600 m d’ascension, jusqu’à Split, mêlent pédalage régulier et coordonné … et lessive ! J’arrive tellement trempé que je suis propre à faire pâlir une bimbo Par contre, ça sent le chien mouillé cette histoire ! Me reviennent en tête (et au nez ! ) les souvenirs de ce début de périple, en France et en Espagne, avec des semaines de pluie et de froid … Jeudi, je reste à Split et m’offre une journée intello’ culturelle, entre musée et patrimoine en plein air exceptionnel. Quelle ville, construite autour d’un Palais érigé par un empereur Romain dans cette baie abritée et enivrante! Je reprends donc la route vendredi, avec 82 km et 820 m de montée, passant par Trogir, jusqu’à Šibenik. Là encore, je découvre 2 joyaux qui illuminent un voyage imaginaire et offre une remontée dans le temps au gré de ces ruelles et monuments d’exception … Merci pour cet héritage fantastique laissé à vos contemporains
Au plaisir de vos nouvelles, à très bientôt. Bises, Anthony
Beaucoup souhaitent m’aider « Pourquoi pas une cagnotte Anthony ?! » … C’est chose faite, ici, grâce à vos parrainages de journée(s) de pédalage (1 journée = 10 euros). Merci à vous ;-)
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